Le droit de paternité est inscrit dans la législation. De quoi s’agit-il et
est-il encore en phase avec son temps ? Analyse et avis.
Derrière l’artiste tenant le pinceau, la plume ou l’objectif, se cache un
cadre juridique précis: le droit d’auteur, visant à protéger l’œuvre mise en
forme et originale (à comprendre comme . l’expression de la création intellectuelle propre à l’auteur).
En Belgique, le droit d’auteur se scinde en deux grandes familles : les
droits moraux et les droits patrimoniaux.
Les droits patrimoniaux, c’est l’aspect financier. Ce sont essentiellement
les droits d’exploiter l’œuvre et d’en tirer un bénéfice, par exemple en
vendant des reproductions, en autorisant l’adaptation, la traduction, ou en
autorisant la diffusion et la communication au public de la création.
Les droits moraux, eux, sont plus intimes. Ils s’attachent à la personne de
l’auteur et à la protection de l’œuvre en tant qu’émanation de cette personne,
et non à l’œuvre en tant que bien commercial. L’auteur ne peut pas les céder, quoi
qu’il est permis d’y renoncer (sans les céder). Parmi ces droits moraux, on distingue
:
-
le droit de divulgation : la liberté de choisir le moment et la manière de
révéler l’œuvre au public ;
-
le droit d’intégrité : l’interdiction de modifier ou de dénaturer votre
œuvre sans votre autorisation ;
-
le droit de paternité : le droit d’être reconnu comme l’auteur de votre
création. C’est sur ce droit que nous allons nous attarder.
La paternité ?
Alors que l’histoire de l’art nous apprend que nombres d’artistes n’ont
jamais signés leurs œuvres, cette pratique a fortement évolué en associant dans
un temps plus proche de nous l’œuvre à son créateur. De nos jours, combien de
collectionneurs spéculateur achètent moins une œuvre qu’une signature ?
Le droit de paternité est un élément central du lien qui unit l’artiste à
son œuvre. Il est clairement énoncé à l’article XI.165, §2 du Code de droit
économique belge. Cet article stipule que « l’auteur a le droit de
revendiquer ou de refuser la paternité de l’œuvre ». Autrement dit, l’artiste
peut non seulement exiger que son nom soit mentionné, mais il peut aussi s’y
opposer et choisir de rester anonyme. La doctrine considère qu’il est également
possible de signer l’œuvre par un pseudonyme : le fameux nom d’artiste,
les exemples où l’œuvre n’est pas signée du vrai nom de l’auteur étant infinis
sur le marché de l’art et dans le secteur culturel.
Aujourd’hui, alors que les questions de genre et d’égalité s’imposent dans
tous les domaines, une question émerge de temps en temps : pourquoi ne
parle-t-on que de droit de paternité ? Des étudiantes et des autrices
interrogent souvent votre humble serviteur: ne faudrait-il pas parler de droit
de maternité ou, de façon plus neutre, de droit de parentalité ?
Le droit et la société
La loi est par nature un texte, un langage acté à un moment T.
Le terme « paternité » ancre le droit d’auteur dans une tradition
juridique, peut-être héritée d’un passé où le créateur, dans l’imaginaire
collectif, était avant tout un homme alors que l’art, lui, ne connaît pas de
genre. L’acte de création, qu’il soit le fait d’un homme ou d’une femme, est
universel.
Une autre explication linguistique pourrait porter sur le genre masculin
qui l’aurait emporté sur le féminin comme nous avons pu l’entendre sur les
bancs de l’école ?
Changer le terme pour "maternité" ou "parentalité"
serait-il purement un ajustement esthétique ? Oui, sur le plan juridique. Le
fond du droit ne changerait pas, et les prérogative de l’autrice serait – fort
heureusement ! – identiques à celles de l’auteur.
Alors, oui, un tel changement serait symbolique. Il refléterait une
évolution des mentalités et une reconnaissance plus inclusive de tous les
créateurs. Il s’agirait de passer d’un terme historiquement genré à une
expression plus contemporaine et plus juste. Alors pourquoi s’en priver ? Nul
doute que le lecteur aura son propre avis sur la question, les uns me
reprochant de ne pas avoir écrit le présent article en écriture inclusive, et
les autres me reprochant de parler beaucoup pour finalement un concept
juridique qui conserverait une portée identique. Mon avis, rappelant une
certaine règle grammaticale tout autant connue que la précédente, est que
chacun est libre de se décrire en fonction du genre auquel il se rapporte. Les
auteurs et autrices aussi…
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| L'acte de création n'est pas sexué (source: shutterstock) |




