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mardi 14 avril 2026

Succession artistique : entre héritage et vigilance juridique – partie 2

 L’acquisition d’une œuvre d’art par une succession ou un don est un moment où la vigilance est devenue essentielle. Explications

 

Nous évoquions dans notre dernière chronique les leviers permettant de pérenniser l’œuvre d’un artiste après sa mort. Mais cette tâche n’est pas seulement culturelle : elle est aussi juridique. Le transfert de la collection d’un artiste – ou celle d’un collectionneur (c’est le même combat d’un point de vue juridique) – doit aujourd’hui s’inscrire dans un cadre réglementaire de plus en plus rigoureux.

Sous l’effet de la législation belge et européenne, notamment en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, les pratiques anciennes – où les œuvres circulaient sans traçabilité – ne sont plus acceptables. Comme il est loin le temps où certains ainés oubliaient de mentionner une œuvre dans une succession, ou encore lorsqu’un notaire visait l’ensemble d’une collection par un descriptif réduit à sa plus simple expression : « ensemble d’œuvres d’art ».

Traçabilité et documentation

Le marché de l’art n’échappe plus à l’obligation de transparence et de traçabilité. Toute œuvre doit aujourd’hui être accompagnée d’un ensemble d’informations précises, destinées à prouver son origine licite et à en établir la situation juridique. Cette réalité se concrétise lors de la mise en vente de certaine pièces de la succession de l’artiste ou du collectionneur.

Ceci s’explique par le fait que le marché de l’art est maintenant soumis à la législation anti-blanchiment, les acteurs devant s’assurer de l’origine licite des fonds et/ou de l’œuvre qui passe entre leurs mains (le seuil est fixé à 10.000 EUR).

Cela signifie que les ayants-droits doivent être idéalement en mesure de documenter les œuvres qu’ils reçoivent, tant pour des raisons fiscales que patrimoniales.

Parmi les documents à conserver impérativement – pour autant qu’ils soient disponibles:

les certificats d’authenticité,

les contrats de cession ou de prêt,

les documents de provenance (par exemple, les catalogues d’expositions ou archives de galerie),

les autorisations de reproduction ou de dépôt,

les expertises ou évaluations antérieures,

Et surtout les factures d’achat ou de production.

Ce corpus n’a rien d’anecdotique : il permet non seulement de valoriser l’œuvre (le pedigree serait « excellent » si le parcours de l’œuvre est connu, ce qui reste rare), mais aussi d’éviter les blocages en cas de vente future. Une œuvre sans origine documentée peut être suspecte aux yeux des opérateurs professionnels (galerie ou maison de vente)… mais aussi et surtout auprès de la banque par laquelle le prix de revente de l’œuvre va transiter ! Le blocage des fonds dans ce cas est une réalité quotidienne.

L’oubli d’une œuvre dans la déclaration de succession : un faux bon calcul

Il peut être tentant, lors du règlement d’une succession, de passer sous silence tout ou partie de la collection. Ce réflexe est toutefois rigoureusement à proscrire. D’une part, toute omission volontaire constitue une fraude fiscale susceptible de sanctions. D’autre part, une œuvre non déclarée devient difficile à légitimer a posteriori dans le cadre du contrôle anti-blanchiment qui intervient à double titre puisqu’il implique tant l’intermédiaire professionnel que la banque, comme nous venons de le voir.

Évaluer pour exister (juridiquement)

L’évaluation des œuvres d’un artiste au moment du transfert (par succession ou donation) est non seulement une obligation fiscale, mais aussi un acte de clarification patrimoniale. Elle permet d’établir une base opposable à l’administration pour le calcul des droits de succession ou la future taxation en cas de donation.

Faire appel à un expert reconnu peut s’avérer judicieux. L’objectif n’est pas seulement de fixer une valeur marchande, mais d’inscrire l’œuvre dans un cadre de reconnaissance légitime et actualisé, ensuite opposable à l’administration, même en cas de plus-value. Cela peut aussi ouvrir la voie à une structuration plus large : donation à une fondation, prêt à un musée, cession progressive, etc.

Une gestion consciente pour une postérité assurée

Le transfert de la collection d’un artiste ou un collectionneur ne se réduit donc pas à l’inventaire d’un atelier. Elle implique désormais une démarche proactive, rigoureuse et documentée. La transparence et l’anticipation sont les deux piliers d’une transmission juridique réussie : elles assurent non seulement la légalité des démarches, mais aussi la pérennité d’une œuvre dans un marché devenu exigeant… à coup de force de loi !

Source: shutterstock


mardi 24 février 2026

Pérenniser l’œuvre d’un artiste après sa mort : les trois piliers

De nombreux artistes sont tombés dans l’oubli à leur décès. Comment (tenter d’) éviter la mort artistique de l’auteur ? Piste de réflexion.

La disparition d’un artiste ne marque pas forcément la fin de son parcours. Au contraire, c’est souvent à ce moment que commence le travail de pérennisation de son œuvre. Pour les héritiers, ayants droit ou toute personne impliquée dans la gestion d’une succession artistique, plusieurs actions essentielles permettent de faire vivre durablement une œuvre dans le temps.

La visibilité de l’artiste : un enjeu fondamental

Les héritiers gèrent les droits d’auteur pendant
les 70 années qui suivent le décès de l’artiste
© AP
Le temps efface les traces, même celles des artistes les plus prometteurs. L’un des premiers devoirs de la succession est donc de conserver, voire renforcer, la visibilité de l’œuvre de l’artiste. 

Pour cela, des actions simples peuvent être mises en place. Une page web dédiée peut par exemple présenter de manière claire et accessible la biographie de l’artiste, les grandes étapes de son parcours, ses principales expositions, et les collections muséales ou privées connues où ses œuvres sont conservées. A défaut d’une page spécifique, on fera à tout le moins une mise à jour de la page de l’artiste sur Wikipédia, démarche totalement gratuite.

Il est également pertinent d’archiver et de valoriser tout contenu existant (catalogues, critiques, photos d’expositions) pour offrir une image cohérente et crédible de son œuvre. Cette démarche permet de poser les fondations d’une reconnaissance posthume et facilite les contacts futurs avec les galeries, musées, éditeurs ou chercheurs.

Une stratégie de diffusion adaptée

Une œuvre non visible est une œuvre oubliée. Il convient donc de prévoir une stratégie de diffusion, adaptée à la notoriété de l’artiste au moment de sa disparition. Les maîtres mots : la mesure et la constance !

Si celui-ci n’a pas été exposé ni vendu depuis longtemps, une première approche peut passer par la vente en ligne régulière mais limitée d’œuvres sur des plateformes spécialisées, qui permettront de toucher un public large et curieux qui se renseignera ensuite sur l’artiste. 

À l’inverse, si l’artiste bénéficiait déjà d’une certaine reconnaissance et d’une cote établie sur le marché, il peut être pertinent de faire appel à des professionnels spécialisés : galeries et/ou maisons de vente. Ces acteurs sont à même de positionner l’œuvre dans un cadre valorisant, en cohérence avec le parcours artistique du défunt. Il est parfois judicieux d’attendre le bon moment ou le bon lieu pour réintroduire une œuvre sur le marché, plutôt que de la diffuser précipitamment. 

Au grand jamais il faudra diffuser une multitude d’œuvres en même temps, faute de quoi l’offre serait surabondante à un moment où la demande serait encore réduite…

Les droits d’auteur : une ressource à ne pas négliger

Trop souvent sous-estimée, la gestion des droits d’auteur constitue pourtant une dimension essentielle de la succession : reproduction dans des publications, utilisation dans des expositions, ou encore adaptation audiovisuelle. Autant d’autorisations à concéder pour augmenter la visibilité de l’artiste.

Il est également crucial de ne pas négliger le droit de suite. Ce mécanisme permet à l’auteur – ou à sa succession – de toucher un pourcentage lors de chaque revente publique de ses œuvres (ventes aux enchères notamment), lorsque les conditions légales sont remplies.


En conclusions, assurer la pérennité de l’œuvre d’un artiste après sa mort est une tâche exigeante, mais essentielle sur bases des 3 principes introductifs ci-avant. Ce travail peut paraître fastidieux, mais il constitue la meilleure garantie pour que l’artiste continue de dialoguer avec le monde, bien au-delà de sa disparition. Il existe évidemment des options additionnelles qui seront envisagées au cas par cas, comme la création d’une fondation par exemple. Chaque situation trouvera ses propres solutions.

© AP



mercredi 4 février 2026

Directives quant à la lutte contre le blanchiment d’argent sur le marché de l’art

Les acteurs du marché de l’art sont soumis à des obligations anti-blanchiments d’argent. Des guidelines ont été publiées par le SPF économie il y a quelques mois. Le point sur la question.


C’est probablement passé inaperçu auprès du grand public, voire même parmi certains acteurs du marché de l’art mal informés, mais une grande partie des personnes gravitant sur ce marché sont maintenant soumis à la loi du 18 septembre 2017 relative à la prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme et à la limitation de l'utilisation des espèces.

De manière très parlante, il s’agit de la même loi que celle applicable aux banques (qui demandent par exemple la carte d’identité lors de l’ouverture d’un compte ou encore l’origine des fonds en cas de mouvement important d’une somme inhabituelle), les notaires, les comptables, etc. Rien que ça…

Et il faut bien dire que la loi ratisse particulièrement large au sein du marché de l’art puisqu’elle vise aussi bien les galeries, les marchands, les intermédiaires, les foires, les maisons de vente et les entrepôts de stockage… Pratiquement tout le monde donc !

Outre la loi de 2017 (200 articles, heureusement pas tous applicables au marché de l’art), une série d’arrêtés royaux dédiés spécifiquement à chaque type d’acteur ont été pris, à charge pour le secteur de s’y conformer sans délai, si ce n’est pas déjà fait (ce qui devrait être le cas puisque cette législation est entrée en vigueur depuis longtemps !).

Au regard de tous ces textes applicables au marché, dont le respect est selon nous pratiquement impossible tant la matière est dense et sujette à interprétation, il était nécessaire de proposer des guidances pour chaque acteur, leur permettre d’assimiler ces règles et de s’adapter (obligatoirement) en conséquence. C’est donc ce qu’a fait le SPF Economie en publiant un document[1] de 19 pages (tout de même) afin de donner quelques orientations et conseils. Ce document a pour but de répondre aux questions suivantes dans un langage plus accessible que le texte absolument indigeste de la loi qu’il résume :

Quelles sont mes obligations d’organisation ?

Quelles sont mes obligations de vigilance ?

Quelles sont mes obligations de déclaration à la CTIF ?

Quelles sont mes obligations de conservation des données ?

Avec ces 4 questions, l’acteur du marché dispose également des 4 points auxquels il doit faire attention et qui nécessitent des actions de sa part, dont la première est celle d’identifier son acheteur / vendeur lorsqu’il est confronté à :

-          Une œuvre d’art,

-          Ou un bien de plus de 50 ans d’âge,

lorsque le prix de mise en vente d'un ou d'un ensemble de ces œuvres ou biens, est d'un montant égal ou supérieur à 10 000 euros.

Le document explique dans quel cas un acteur du marché de l’art est assujetti à cette législation. Il explique comment identifier correctement (selon le SPF) la personne, qu’il soit une personne physique, mais surtout une personne morale ; comment identifier et conserver les données relatives aux œuvres ; qui sont les personnes à risque (la législation visant expressément notamment les politiciens) ; ce qu’il faut faire lorsque l’acteur du marché de l’art identifie un risque de blanchiment, ce qui se résume d’ailleurs par deux options (éventuellement cumulatives) : dénoncer la personne à la CETIF et dans certains cas ne pas finaliser l’opération. Enfin, il explique comment les données doivent être conservées en cas de contrôle par les autorités.

Même si nous ne sommes pas d’accord avec toutes les recommandations qui y sont inscrites, qui vont au-delà du prescrit légal selon nous, nous ne pouvons nous-même qu’en recommander la lecture par tous les acteurs du marché concernés… Et s’adapter en conséquence ! L’erreur en la matière est l’inaction car il repose sur la tête des acteurs du marché une obligation de moyen, et non de résultat (heureusement !).



[1] Ce document est téléchargeable via le lien suivant : https://economie.fgov.be/fr/themes/entreprises/guidance/autres-secteurs/obligations-du-secteur-de-lart