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dimanche 29 mars 2015

Les conseils juridiques sur le marché de l’art

Une fois n'est pas coutume, attardons-nous sur nos pairs...

A l’image du reste de la société, l’art en général et le marché de l’art en particulier, n’échappent pas à la tendance de nos sociétés au « tout juridique ».

S’il y a quelques dizaines d’années, les juristes et avocats intervenant sur le marché n’agissaient que de manière anecdotique, ils deviennent aujourd’hui des acteurs clés et spécialisés à l’intersection de tous les autres intervenants du monde de l’art. En voici quelques illustrations.

Les droits d’auteur

Si la protection des artistes par le droit d’auteur existe depuis longtemps, les artistes n’ont jamais autant eu de sources d’information à leur disposition précisant les droits qu’ils peuvent revendiquer. Dès lors, ils sont sans doute plus enclins à réagir en cas d’abus de leurs droits.

Ceci est également vrai du point de vue de l’atteinte en tant que telle. Avant l’essor d’internet, il était plus difficile de constater l’usage illicite d’un œuvre ou la diffusion d’une contrefaçon. Si internet a permis de diffuser plus facilement, plus rapidement et plus loin toute sorte d’objets, il en est de même pour la traçabilité, un artiste pouvant constater à l’autre bout du monde qu’une de ses œuvres est – par exemple – reproduite sans son consentement sur un poster, une carte postale, un t-shirt ou encore une coque de téléphone…

Le marché international

La négociation d'un contrat de cession d'oeuvre d'art se fait de plus
par des avocats spécialisés
Photo: Shutterstock
Là où il y a quelques dizaines d’années, la vente d’une œuvre majeure se faisait directement entre les collectionneurs, ou avec l’intervention d’un tiers - marchand ; de nos jours, la vente des œuvres les plus importantes nécessitent régulièrement l’intervention de nombreux intermédiaires, ceux-ci tentant de mettre en contact (moyennant commission) un acheteur fortuné avec le vendeur.

L’intervention de ces intermédiaires est de nature à complexifier les relations entre les uns et les autres de sorte que certains décident de passer par un avocat pour les représenter. Il en est de même entre l’acheteur et le vendeur qui décident très souvent de laisser à leurs conseils le soin d’établir et de revoir la convention de vente.

Autre aspect particulièrement sensible, l’achat d’une œuvre d’art implique une prise de risque plus ou moins élevée selon les cas de figure. Le nombre de faux sur le marché est très important, nécessitant l’accomplissement de recherches poussées face à une œuvre d’un artiste déterminé (l’on parle alors du pédigrée de l’œuvre et de de la réalisation d’un Due Diligence). L’authenticité, élément déterminant du consentement d’un acheteur, est de nature à soulever de nombreuses considérations juridiques si, au final, l’œuvre s’avère être fausse. Dans ce cas, les moyens d’action sont variés : l’erreur sur la substance ou l’ignorance des vices cachés constituent des arguments courants dans ce type de situation, nécessitant, dans bien des cas, l’intervention d’un avocat et, en cas d’absence d’accord avec le vendeur, le lancement d’une procédure.

L’échange de biens partout dans le monde implique aussi une certaine prudence lors de l’achat de certaines pièces qui peuvent avoir été spoliées, pillées, volées ou exportées illégalement.

Fiscalité de l’art

Ultime illustration, les questions de fiscalité sont également de nature à susciter l’intervention d’un professionnel du droit.

Nombreux sont les collectionneurs de Belgique qui souhaitent transmettre leur trésor à leur famille ou au contraire éviter sa dispersion après leur décès. Dans le premier cas, le mécanisme de la donation constituent un grand classique en la matière, alors que dans le second, la fondation peut constituer un outil adéquat.

Comme tout autre marché, celui de l’art regroupe un ensemble de personnes posant des actes et développant des projets. C’est donc bien ces actions qui sont susceptibles de nécessiter l’intervention d’un conseil juridique. Néanmoins, dans tous les cas de figure, la seule bonne manière de se protéger reste la prévention.

lundi 16 mars 2015

Les œuvres sur Internet: quelques questions courantes

L’art sur internet ne cesse de se développer depuis quelques années. C’est que l’outil a de quoi faire rêver : accès facile et à moindre coût, public potentiellement large, image moderne donnée par l’utilisateur et possibilités pratiquement infinies de contacts,… Les avantages sont nombreux tant pour un galeriste ou un marchand d’art que pour un jeune artiste. Ce n’est pas pour autant que l’espace en ligne n’est pas régenté, mais notre pratique nous enseigne que ces règles sont souvent méconnues.

L’artiste et internet

Du point de vue de l’artiste, il s’agit d’un outil utile tant dans le processus de création, puisque les idées sont maintenant glanées ci et là sur la toile, que dans le processus de diffusion, puisque l’outil permet relativement facilement de palier un carnet d’adresse trop peu fourni.

Lorsque la source d’inspiration de l’artiste, à la base du processus créatif, est puisée sur le web, les difficultés risques de surgir plus ou moins rapidement.

Dès lors, il est essentiel de rappeler deux principes posés dans la législation belge : l’idée d’une œuvre d’art n’est pas protégeable en tant que telle. Seule sa mise en œuvre concrète, sa réalisation l’est (l’on parle de mise en forme). De plus, la création n’est protégée que pour autant qu’elle soit originale, c'est-à-dire qu’elle reflète la personnalité de l’auteur.

A l’inverse, si l’idée n’est pas protégeable sans réalisation concrète, les œuvres (à prendre au sens très large puisque cela va du plus simple dessin, photographie, portrait, illustration aux œuvres les plus réputées ou abouties d’un grand maître) ne peuvent être reprises sans autorisation de l’auteur . Les artistes, quelle que soit leur niveau d’expérience et leur réputation commettent souvent cette erreur de base pensant – erronément – que les images du net sont libres de droit.

Comme souvent, tout dépendra de l’emprunt qui a été fait à l’œuvre originaire, ce qui, dans les faits va souvent déboucher sur des conflits difficiles à résoudre sans l’intervention d’un juge pour le trancher.

La vente d’art sur internet

Lorsque l’œuvre est vendue sur internet (imaginons le cas d’une galerie d’art en ligne ou proposant des services d’achat sur le web), de nombreuses règles doivent être respectées, notamment lorsque l’acheteur s’avère être un consommateur. La matière est maintenant rassemblée dans le nouveau Code de droit économique.

A titre illustratif, rappelons le principe d’information du consommateur sur les principales caractéristiques du bien (déterminant dans le cas d’une œuvre d’art ou d’une antiquité), sur le prix toutes taxes comprises, sur les modalités de paiement, mais aussi quant à la possibilité de se rétracter dans les 14 jours de l’achat du bien.

Il y a là un panel de règles auxquels les professionnels de l’art doivent se conformer, s’agissant de la protection minimale du consommateur.

L’authenticité de l’œuvre sur internet

La vente par internet soulève une question supplémentaire en matière d’œuvre d’art. L’acheteur n’a, en effet, pas la possibilité de visualiser l’œuvre avant son achat. La difficulté porte sur l’authenticité mais aussi sur l’état général du bien qui aurait paru meilleur en photographie que dans la réalité.

Sur ces questions essentielles, l’obligation d’information du consommateur permettra de clarifier facilement les moyens d’action face à un vendeur indélicat. Par exemple, en cas de doutes quant à l’authenticité, le vendeur doit en informer l’acheteur, celui-ci devant accepter (ou non) ce risque en connaissance de cause.

Enfin, signalons tout de même une particularité du web : la protection reconnue à l’acheteur sera plus ou moins large en fonction du droit applicable. Si la Belgique est un pays prônant une protection poussée des consommateurs, il en sera différemment hors de l’Union Européenne. La prudence reste donc de mise.

mardi 24 février 2015

Transport et stockage d'œuvres d'art

Les risques liés au transport

Le transport d’un objet soumet inévitablement celui-ci à des risques. Ce sera d’autant plus le cas concernant une œuvre d’art qui est souvent fragile, qui a une valeur plus ou moins importante et qui est en principe irremplaçable.
Les raisons qui poussent le propriétair
e à les transporter sont multiples : rachat de l’œuvre ou future vente, prêt pour une rétrospective, déménagement,…

Source: Shutterstock
Les risques du transport sont de plusieurs ordres, notamment des risques: 

- Liés au vol de l’œuvre,
- Liés à la détérioration ou la destruction de l’œuvre (imaginons le camion pris dans un accident de la circulation, un atterrissage brutal de l’avion, un incendie, ou encore un chargement et un déchargement trop « musclé » pour l’objet…),
- Liés à la sortie de l’œuvre du pays (la problématique des exportations ).

Couvrir le risque

Concernant le risque de vol, les transporteurs professionnels limitent leur responsabilité à la faute lourde. Ils prennent les mesures utiles élémentaires pour éviter le vol, mais ils peuvent difficilement garantir qu’un vol ne pourra jamais survenir. Dans ce cas, il est évidemment recommandé de couvrir ce risque par la souscription d’une police d’assurance . Le cas échéant, ce sera directement le transporteur qui s’en chargera.

Outre l’assurance, il est recommandé de prendre une série de précautions plus ou moins poussées en fonction de l’objet, sa valeur, et sa fragilité.

Avant le transport lui-même, il faut s’assurer de retranscrire l’état de l’objet dans un document écrit. On y reprend les moindres coups, grattes, et autres défauts, le document étant ensuite signé pour accord par le transporteur et le propriétaire. A la fin du voyage, si l’on constate une détérioration à l’ouverture de la boite, il est aisé de déterminer si le défaut était antérieur au transport.

Les professionnels spécialisés dans le transport d’œuvres d’art peuvent également créer des boites sur mesure parfaitement adaptées à l’objet. Il est même possible de s’assurer que la boite n’ait pas été maltraitée pendant le transport par l’ajout d’une série de « témoins ». S’ils ont bougé, s’ils se sont décrochés, c’est que la boite a été retournée, ou est tombée, etc.

Imaginons justement que l’œuvre est détériorée. Il pourrait être envisageable de mettre en cause la responsabilité de celui à qui elle a été confiée. Dans ce cas, il ne faut pas oublier qu’en matière de transport, les délais de prescription  sont particulièrement courts : de l’ordre de 6 mois à 2 ans…

Garder l’œuvre : la mise en dépôt

Outre le transport, il existe des sociétés qui offrent un service de stockage.

Le lieu est fondamentale : entrepôt sécurisé tant contre le vol que les incendies, hygrométrie contrôlée, espace d’exposition,... Voilà les services que recherches les collectionneurs ou investisseurs qui souhaitent mettre en dépôt leur bien.

Le régime du dépôt est fixé par les articles 1915 et suivants du Code civil. Il est définit comme étant un acte par lequel une personne (le dépositaire) reçoit la chose d'autrui – dans ce cas-ci une œuvre d’art – à charge de la garder et de la restituer en temps utile au déposant.

Le dépositaire doit logiquement prendre les précautions élémentaires pour la conserver, il restera responsable de ses fautes lourdes et des fautes de ses préposés. A l’inverse, il a la faculté de retenir l’objet si le propriétaire ne lui a pas encore payé tout ce qui lui est dû.

Les entreprises de dépôt et de transport d’œuvres sont à l’image de l’évolution du marché de l’art qui ne cesse de se professionnaliser et de se spécialiser afin d’apporter des réponses sur mesure aux besoins spécifiques de leurs clients.

jeudi 19 février 2015

Intellectual property legislation is now integrated into the new Belgian Code of economic law

Le texte qui suit est la traduction anglaise de cet article rédigé initialement en français.

The book XI of the new Belgian Code of economic law («CEL») gathers a significate part of different economic legislations such as intellectual property, competition law, consumer protection,…

Focusing on intellectual property, a substantial part - but not all - of Belgian economic legislations is now gather in this unique code. "Not all", as some of the rules applicable in Belgium are not implemented by the Belgian legislator but directly through European legislation or through international treaties. For example, the BENELUX Convention on trademarks and designs shapes most of the rules about trademarks and designs and is not in the CEL.

Copyright and Neighboring Rights

Belgian copyrights rules and neighboring rights are now included into title XI of the CEL (article XI. 164 and after).

Since first January 2015, we do not have any further references to the well-known Law on Copyright and Neighboring Rights of June 30, 1994, as it has been abrogated.

Constant law principles

The gathering of different legislations into a unique Code does not mean new rules... Mostly, the Belgian legislator decided to gathers different rules but did not adapt them significantly.

Focusing on copyrights, the same principles are still applicable in Belgium, without changes:

- Protection of a creation that reaches the two conditions, i.e. being an original works of authorship and being fixed in a tangible form of expression;
- The distinction between non-transferable moral rights of the author (as a reminder: the right to claim authorship on the work, the right to prevent revision, alteration or distortion of the work and the right of disclosure) and the remuneration rights (as a reminder: right of reproduction, right to communication to the public, right to distribution, rental and lending rights and the right related to reprography);
- The need to obtain author’s agreement before using, even partially, a work of art unless being directly subjected to the benefit of an exception;
- The resale right of visual artists when a work of art is resold through an art market professional;
- Term of copyright, which is limited to 70 years after the author’s death.

Few changes anyway…

Nevertheless, the codification has been an opportunity to include in Belgian law some changes dictated by the European legislator. Here are a few examples:

Concerning the reprographic right (money collected from every sale of a material that could be used to reproduce work of art protected by copyright), it is now clearly extended to material used to print digital works (printers for example) and is no longer limited to material used to copy texts on paper (photocopier for example). 

Concerning the resale right of visual artists, it has now to be managed by a single platform so that the art market professionals will not have to determine and deal with a different management company for each artists.

The regulation for collective management organizations has been developed in the codification. From now, they have an obligation of transparency and publicity concerning some data among which: royalties received, charges and distribution.

For more information, feel free to contact us.

vendredi 13 février 2015

Interview dans le Trends Tendance

A lire cette semaine dans le Trends Tendance : un interview auquel j'ai répondu portant sur quelques questions relatives à l’achat d’une œuvre d’art et les risques sur le marché de l’art.

Bonne lecture !

L’article s’intitule « La prudence vaut mieux qu’un coup de cœur ».

http://magazine.levif.be/makr/pour-abonnes/trends-tendances/index